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Frimm et la cessprin

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Frimm et la CessprinUn conte de Poirrault, assaisonné par Michel Piquemal

Avertissement :Le principe humoristique de cet album est basé sur l'opposition (en double-pages) texte-images. L'illustration (page de droite) décale et parodie complètement le texte (page de gauche) aux accents de conte très traditionnel. L'illustration humoristique renvoie le conte dans le quotidien d'aujourd'hui (rempli de punks, de mobs et de beaufs...). On ne peut donc avoir une bonne lecture qu'en lisant au fur et à mesure le texte des paragraphes accompagné de l'illustration en regard.

N.B. : L'aspect conte traditionnel du texte de gauche sera encore renforcé par des lettrines de type manuscrits médiévaux.

1. Il était une fois, dans une lointaine cité, un jeune orphelin qui travaillait dur pour gagner de quoi vivre. Il s'appelait Frimm et il n'y avait guère dans le pays de jouvenceau à l'esprit plus droit. Il était toujours de bonne humeur et mettait à sa besogne beaucoup d'entrain.

2. Sa conversation avait le pétillant du vin de pommier et ses traits d'esprit enchantaient son entourage. C'est pourquoi Frimm possédait une foule d'amis qui l'écoutaient et le chérissaient.

3. Or, il advint qu'un jour, notre orphelin aperçut une princesse au sommet d'une grande tour. Elle était belle comme la fleur de l'amandier au premier chant du printemps et son sourire semblait un papillon prêt à vous butiner le cœur. Dès qu'il la vit, Frimm en tomba éperdument amoureux et décida de lui faire sa cour.

4. Il multiplia courtoisies, gentillesses et galanteries. Tant et si bien qu'il réussit à se faire remarquer de la belle. En retour, la jeune fille lui fit comprendre qu'elle lui trouvait bonne et gente mine. Et au bout de plusieurs semaines, Frimm obtint d'elle un rendez-vous secret dans les grands escaliers de la tour.

5. Hélas, la mère de la jeune fille, qui veillait farouchement sur son honneur, survint alors que les jouvenceaux échangeaient de doux serments. Elle chassa avec beaucoup de violence le jeune prétendant, lui reprocha de ne pas être assez bien vêtu pour courtiser sa fille.

6. Terrassé par la honte et le désespoir, Frimm enfourcha sa fidèle monture et fila droit devant lui dans le soir qui tombait. Son cœur était comme un tison brûlé par la flamme. C'était grande pitié de le voir en tel égarement !

7. Mais très vite, son naturel valeureux reprit le dessus. Il aimait la princesse et il l'épouserait ! S'il fallait être fortuné et bien vêtu, il serait le jeune homme le plus richement habillé du royaume.

8. Bien qu'orphelin, Frimm n'était point seul dans la vie. Il alla chercher aide et réconfort auprès de sa marraine, qui n'était autre que la grande fée Esméralda.

9. Esméralda, la bonne fée, comprit la douleur de son filleul :— Prends ce luth, lui dit-elle, et va jouer de par le monde... C'est un instrument magique qui t'aidera à devenir très riche.

10. Le son du luth était si beau, si harmonieux que tous ceux qui l'entendaient ne manquaient pas d'être saisis de ravissement. Et tous voulaient en remercier le musicien. L'un donnait trois sols, l'autre deux écus... Frimm gagna tant et tant d'argent qu'il put s'acheter des habits magnifiques.

11. Hélas, lorsqu'il se présenta chez la belle, c'est son père qui le reçut :— Les beaux habits ne suffisent pas, lui dit-il. Je veux pour ma fille un mari courageux. Elle sera tienne si tu me ramènes le livre sacré que garde jalousement le Seigneur de l'Azur.

12. Frimm fut à nouveau éconduit. Et son désespoir plus cruel encore. C'était grande pitié de voir son âme en si funeste égarement !

13. Ivre de chagrin, il s'abandonnait à sa douleur... lorsque sa marraine, la bonne fée Esméralda, vint à son secours.

14. Esméralda sut trouver les mots pour ranimer le feu de l'espoir au cœur de Frimm. Puisqu'il devait prouver son courage, il irait au-devant de l'Épreuve. Elle lui donna une armure et un talisman. Ainsi paré, il affronterait la bête monstrueuse qui gardait les jardins du Château de l'Azur.

15. Dès l'aube du lendemain, Frimm se présenta face au monstre. C'était un Cerbère noir, aux trois gueules béantes. Les jambes de Frimm se mirent à trembler. Mais il songea à sa belle ; et la puissance de son amour remplit son cœur de force et de courage.

16. Le combat fut acharné. Et plus d'une fois, les crocs acérés du Monstre endommagèrent l'armure de Frimm...

17. Mais lorsque l'astre du jour entama sa descente dans le soir déclinant, grâce à son talisman, Frimm dompta la Bête et se rendit maître du Saint Livre.

18. Dans le cœur de Frimm, seule une personne comptait. Et sans plus tarder, encore ceint de son armure, il alla lui porter la preuve de sa victoire.

19. Le roi et la reine se montrèrent des plus courtois envers le jeune homme. Mais la princesse exigea elle aussi de le mettre à l'épreuve. À ses yeux, la richesse et le courage ne suffisaient pas. Il devait prouver son intelligence en triomphant des questions du Sphinx.

20. Frimm fut cette fois au comble du désespoir. Comment prétendre pouvoir se mesurer au Sphinx ? Les mots sont bien faibles pour exprimer la détresse qu'il éprouva. Et c'était grande pitié de voir le désordre de son âme !

21. Mais sa marraine, la bonne et douce fée Esméralda, vint encore à son secours. Elle lui prépara une potion magique qui donnait le savoir et la connaissance.

22. Le Sphinx posa à Frimm de terribles devinettes... des questions pleines de pièges et de chausse-trapes. Mais chaque fois, grâce à la potion magique de sa marraine, la bonne fée Esméralda, Frimm répondit brillamment.

23. Finalement, le Sphinx le félicita. Et les yeux du Roi, de la Reine et de la belle princesse brillèrent d'admiration pour Frimm.

24. Malheureusement, la potion d'Esméralda avait rendu Frimm si intelligent... qu'il commença par se demander s'il avait vraiment raison de vouloir épouser la princesse. Et, au lieu d'aller retrouver celle qu'il avait cru aimer, il enfourcha sa fidèle monture et partit rejoindre ses amis.