Jiha le malin était très paresseux et n’aimait pas beaucoup travailler. Aussi un matin sa femme Khadidja lui en fit le reproche :
— Nous n’avons presque plus d’argent. Il est temps que tu trouves enfin du travail.— Travailler, moi, répliqua Jiha, jamais ! Viens plutôt avec moi au grenier. Je crois que j’ai une idée.
Là, il fureta, fureta… et captura deux petites souris identiques. Il attacha l’une dans la cuisine avec une ficelle et prit la deuxième dans une petite cage. Puis il partit au café en disant à sa femme de préparer un bon couscous car il allait revenir avec ses amis.
Arrivé au café, tout le monde se moqua de lui :— Mais que fais-tu donc avec une souris en cage ?— Ignorants, répondit-il, ce n’est pas une souris ordinaire. Elle comprend tout ce que je dis.
Ses amis prirent un air moqueur.— Je vois que vous ne me croyez pas. Et bien je vais vous en donner la preuve. Je vous invite tous à manger un couscous chez moi à midi.
Sur ce, il s’approcha de la souris et lui expliqua :— Rentre à notre maison et va dire à Khadidja de nous préparer un bon couscous pour midi précise.
Il relâcha la souris qui fila sans tarder.
A midi, toute la troupe se retrouva chez Jiha où un bon couscous les attendait. Lorsque les amis de Jiha virent la souris attachée à une ficelle, ils ne doutèrent pas une seconde que c’était celle que Jiha avait envoyée pour prévenir sa femme.
L’un des convives, Mohamed, était aussi riche qu’orgueilleux. Il voulut aussitôt cette merveilleuse souris pour lui.— Je t’en donne cent dinars !— Tu es fou, répliqua Jiha. A peine cent dinars pour une souris savante !
Et il réussit à faire monter le prix jusqu’à mille dinars.
Le lendemain, le nouveau propriétaire arriva au café avec sa souris.— Cette fois, dit-il, c’est à moi d’inviter.
Il attrapa la souris et lui expliqua : « Va dire à ma femme de préparer un bon tagine pour midi ». La souris fila sans demander son reste.
Mais lorsque la petite troupe arriva chez Mohamed, le repas n’était bien sûr pas prêt ! Sa femme se moqua même de la crédulité de son mari :— Ne vois-tu pas que Jiha s’est fichu de toi !
Alors Mohamed se mit dans une colère terrible :— Rends-moi mon argent, voleur !
Mais Jiha ne se démonta pas :— Comment ! lui dit-il, tu as perdu une souris savante que j’avais mis deux ans à éduquer et tu voudrais en plus ton argent. Dis-moi d’abord, as-tu pensé à lui donner ton adresse avant d’ouvrir la cage ?— Non, dit Mohamed, démonté.— Alors, grand bêta, comment veux-tu qu’elle trouve le chemin de ta maison !