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Une maman en colère

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Il était une fois une maman lutin qui vivait avec son bébé dans une maisonnette de la forêt. Ah ! Son bébé ! Elle en était très fière ! C'était pour elle le plus joli, le plus gentil, le plus mignon bébé lutin du monde.

Mais un jour, l'ogre géant passa par là. Quand il vit le bébé qui jouait devant la porte, il se dit :— Tiens, un bébé lutin ! Voilà qui sera délicieux pour grignoter en buvant l'apéritif.

Sans se soucier des hurlements de maman lutin, il mit le bébé dans un petit sac qui pendait à sa ceinture ; et il repartit en faisant trembler la forêt de ses pas.

Maman lutin était une jeune et timide maman. Mais on lui avait volé son bébé et elle devint une maman en fureur. Sans réfléchir qu'elle n'était qu'un moustique à côté du géant, elle partit à sa poursuuite.

Il lui fallut de longues heures pour arriver au château de l'ogre. Mais elle était si en colère qu'elle ne sentait pas la fatigue.

— Vilain monstre poilu ! cria-t-elle à l'entrée du château. Rends-moi mon bébé !

L'ogre qui faisait la sieste, sortit en se frottant les yeux. Il passa la tête par-dessus les remparts. Quand il vit la minuscule maman lutin, il se mit à glousser.— Et si je ne te le rends pas, lui demanda-t-il, que me feras-tu ?— Je te réduirai en miettes !

Avec des branches et des racines, elle fabriqua un arc. Vlan ! Vlan ! Vlan ! elle lança toute une série de flèches sur le géant. Mais l'ogre était si costaud que ça ne lui faisait pas plus mal que des gouttes de pluie.

Et il riait, riait...— Que me feras-tu déjà, petit poussin ?— Je te réduirai en charpie !

Avec un tronc d'arbre creux, elle fabriqua un canon et le bombarda de pommes de pin.— Eh là !... hurla le géant, qui avait reçu un projectile sur le nez... Déguerpis avant que je ne me fâche !— Horrible et ignoble sale bête poilue, rends-moi mon bébé !— Et sinon, que me feras-tu ?— Je te réduirai en pâtée ?

L'ogre se remit à rire, à rire... Mais la maman lutin prit sa respiration et souffla de toutes ses forces. Alors les remparts du château s'écroulèrent, les toits s'envolèrent et les tuiles montèrent jusqu'au ciel.

Dans la tourmente, l'ogre perdit ses vêtements et se retrouva en caleçon.— Rends-moi mon bébé ! hurla une dernière fois la maman lutin.

Et sa voix était plus forte qu'un tremblement de terre.

— Ne nous fâchons pas ! minauda le géant. Il suffisait de me le demander.

Tout tremblant, il retourna dans le château, prit le sac qu'il avait suspendu près de la cheminée et en retira le petit lutin. Puis gentiment, gentiment, il le déposa au pied de maman lutin. Celle-ci serra son bébé dans ses bras et, sans dire un mot, retourna à sa maisonnette.

A partir de ce jour, l'ogre ne s'amusa plus jamais à prendre les bébés à leurs mamans. Car une maman en colère, cela peut être plus terrible qu'un tremblement de terre.